Comment Devenir un Bon Écrivain : 10 Trucs Qui Marchent

Écrire ON mai 13, 2019

Devenir un bon écrivain n’est certainement pas la chose la plus facile, écrire bien non plus. N’est pas Francis Scott Fitzgerald qui veut. Mais au sein d’une revue littéraire comme la notre il est important de savoir différencier le bon du mauvais écrivain. Et il y en a tellement (de mauvais). Ici donc et concocté spécialement par nos pros de la prose, 10 trucs qui marchent ou du moins : qui aspirent à marcher.

1

Arrêter de croire qu’il faut lire pour bien écrire

Voilà le premier mythe à casser, la première croyance limitante à péter. Arrêter de lire. Tous les jours moi et les docteurs de la prose – celle de JYKUUU – croisons la version bis de la version bis de la version bis du même type : celui qui tente – mais échoue – dans le process de devenir écrivain. Se baratinant à la lecture des grands classiques et de la Comédie Humaine, il croit sans doute pouvoir un temps, ou du moins dans quelques mois ? Années ? devenir un dieu de la littérature en ayant lu tout ce charabia prosélytique.

Mais Céline n’est pas devenu Céline en lisant. Encore moins Bukowski, ou le type d’à côté. Non, c’est là la première croyance limitante : pour devenir un vrai bon écrivain il ne faut pas lire. Il faut écrire. Écrire pour écrire, rien de plus, rien de moins. Le voilà le premier défaut de l’apprenti écrivant : il lit trop. Beaucoup trop.

Il porte en lui la divine croyance qu’en accumulant les paragraphes de la genèse de la littérature moderne (ou démodée) il deviendra sans doute quelqu’un dans le milieu littéraire. Mais c’est faux. Nombre d’écrivains ont commencé comme journaliste ou pigiste, non pas parce-qu’ils accumulaient la lecture ou la relecture d’articles, non bien au contraire, mais parce-qu’ils passaient leur temps à écrire, écrire et écrire encore.

Maîtriser le verbe n’est pas innée. Et si l’on en croit l’un des doctorants de JYKUUU, l’auteur même de Zuste une Question de Lov,

On ne sait vraiment jamais écrire avant d’avoir réécrit 20 fois la même histoire.
Docteur L.

Dépasser les 2 millions voilà ce que ça veut dire, et dans la métaphore la plus brute : regarder du porno n’a jamais fait de ces zélotes des dieux du plumard, bien au contraire. Rien ne vaut la pratique. Et écrire plus de 2 millions de mots est le minimum syndical pour un temps soit peu, prétendre au dogme littéraire. Il faut donc apprendre à ne plus lire mais écrire, passer du spectateur au personnage principal, et c’est à ce prix, à cette inversion limite égocentrique, que peut s’engager un cheminement littéraire puissant, à travers les méandres crasseux de la littérature, la vraie.

Le génie n’existe pas, il s’apprend.

2

Ne pas écrire comme

Il est là l’autre problème, les maisons d’édition emmènent avec elles toute une petite cohorte d’auteurs, tellement près de leurs mots qu’ils ne peuvent se résoudre qu’à copier. Pas seulement les bons, mais les mauvais, de Musso à Nothomb en passant par Levy, la pseudo-littérature se trouve chaque jour violentée par ces mêmes petits fouineurs, amorphes copieurs d’une prose déjà trollée elle-même par ces faux auteurs.

Et à ce stade peu importe qu’ils soient bons ou mauvais, seul compte la faculté de ces auteurs à se pomper, se copier, se gargariser de ces noms ronflants. La vérité est là : écrire comme, n’a jamais d’un auteur un dieu de littérature. Le cheminement est bien plus complexe. Trouver son identité littéraire ne peut se faire qu’à travers un parcours littéraire psychanalytique, égocentrique et gonzo, non pas dans le sens porno-libéral actuel, mais au sens journalistique Thompsonien. L’auteur doit se désintégrer – mode Dabrowski – pour se trouver. Renaître de ses cendres et afficher sa personnalité littéraire.

Faire et écrire comme les autres n’est rien d’autre qu’un abandon assumé – ou non  – de sa propre personnalité. Et si les noms ronflants précédemment cités l’assument parfaitement (et ils auraient tort de ne pas le faire au vu des revenus générés), l’auteurs, le vrai, du moins celui qui prétend à ce titre doit lui, s’efforcer d’aller dans des chemins littéraires encore inconnus.

Car si beaucoup critiques ces mêmes noms, autant que d’autres plus ou moins connus, leurs travaux littéraires, micro-romans, romans, nouvelles, en sont du même acabits : pas écrits, pas littéraires, pas personnel. Une pure copie, d’une copie, d’une copie. Il est là le problème de ces auteurs : ils ne voient qu’avec les yeux de la bien-pensance, celle de l’ego démesuré de pseudo-starlette pas encore publiée “Mais si j’écris comme ça mec, c’est car tu vois, je pense que ce roman je peux le faire éditer chez Galicond, Flmarchiotte, JPMattès” . Pure sodomie.

Car si pour 99,9% des auteurs être édités ou s’autoéditer, signifie passer de statue d’écrivant à celui d’écrivain, pour le 0,1% seul le contenu compte. Non pas le contenu littéraire, ou prosaltique, mais le contenu bonhomique, l’écriture personnelle. Non pas le fond, non, mais la Forme. La Gestalt, ceux qu’un des autres puissants doctorants de la revue littéraire JYKUUU affirme être le graal,

Beaucoup pigent le concept fond-forme, mais personne le met en pratique. Pourtant pas compliqué, suffit de tout envoyer chier. Des règles aux concepts, baleck, et bim ! Le type pond le nouveau roman, çui du XXI ème siècle. Ouais mais non, trop peur du regard des autres si on tente la quête du graal.
Docteur F.

Voilà un vrai leitmotiv : ne pas écrire comme, pour atteindre le graal. Littéraire ou personnel.

3

Trouver sa personnalité

Il est là le nerf de la chose, la petite membrane visqueuse et odorante qui à peine toucher va actionner quelque chose de puissant et de grand au sein de la littérature personnelle.

Si beaucoup d’écrivains passent des années à écrire sans arriver pour autant à trouver une chose, une puissance, un style, c’est avant tout car il ont oublié le concept fondamental, concept sur lequel repose la littérature-même : la personnalité. Et devenir un bon écrivain passe par là.

Après avoir compris qu’il était défendu d’écrire comme, il faut à présent pousser plus loin, tenter de faire de sa prose, de son mini-roman, de sa nouvelle, une ode littéraire à la glorification de soi. L’écriture devrait être un reflet de la personnalité quand elle n’est plus qu’aujourd’hui le reflet de ce que veulent les maison d’édition. Il va donc d’essence que faire une recherche profonde de sa personnalité dans l’écrit demeure la condition sine qua non, pour arriver un jour à percer dans la paradigme littéraire.

Si être écrivain de nos jours ne veut plus rien dire, autrefois il en était autrement. Et des générations entières se sont cherchés dans les mots, ces mot-mêmes qui ont fait leur gloire ou participé à leurs défaites.

4

Ne pas croire les autres

 

Dans la littérature plus que dans toute autre milieu il est une chose essentielle à comprendre : les autres vous mentent, ils ne connaissent pas ça. Quand on début dans le milieu littéraire, qu’on est un aspirant écrivain ou écrivaine d’ailleurs, il est important de piger que les autres individus n’écrivent ni mieux que nous, ni plus mal. Ils ont sans doute plus ou moins d’expérience.  Et c’est là tout le problème.

A qui demande des conseils aux littéraires d’expériences se verra ou envoyer sur les roses, ou baratiner par un tas de conneries, conneries n’ayant que pour seul but de glorifier leur carrière d’écrivain raté. Ne jamais écouter les autres est le meilleur moyen de se trouver une personnalité. Car s’il est admis dans la société actuelle qu’écoutez les gens en va d’une importance vitale, dans les milieux littéraires tout est différent.

Car tous ces mêmes gens sont ou des imposteurs collaborateurs des maisons d’éditions, ou bien des novices se faisant passer pour des dieux. Néanmoins parfois on a la chance, l’extrême et divine chance de rencontrer des anticonformistes élégants, des faiseurs de monde géniaux à la prose irrévérencieuses, des poètes grossier, vulgaire, limite obscène possédant le style le plus pur de l’univers, et à cet instant, les côtoyer, les connaître, et les croire surtout, sera une opportunité. Non pas à des fins littéraire ou pécunières, mais à des fins personnelles, car contrairement aux pseudos-auteurs, cela sont la mémoire vivante de la littérature, un chant à liberté que nul ne pourra faire taire quand bien même leur essaie, leurs vers, leurs romans ne sont vendus qu’à 10 exemplaire ou encore jamais éditer.

Ne jamais croire les lettrés est la meilleure façon de s’affranchir de leurs codes.

5

Envoyer valser le dogmatisme littéraire

Bien plus qu’ailleurs encore, la littérature est confrontée au dogmatisme, et il est crucial pour un bon auteur d’envoyer valser et le dogme et ses défendeurs dogmatisme. Au départ dans une volonté d’être à contre courant, et puis ensuite, peu à peu et après s’être démarqué pourquoi il est vital de le faire.

Un écrivain doit être le représentant de son monde contemporain et par la même occasion de sa langue à une période donnée. Or il n’en est rien, les gens qui tentent finissent tous par se résoudre à suivre le dogme pour être publié et écrivent par la même occasion comme. Comme tout le monde. Et s’il est précisé dans le point 2 de ne pas écrire comme, il est précisé dans celui-ci d’aller plus loin encore.

De défendre tel ou tel style, telle ou telle chose : de l’argot au néofrançais, de la littérature contemporaine, au dadaïsme, tout est bon à prendre pour le nouveau écrivain du moment que ça rendre et dans sa personnalité, et dans ses valeurs, et dans l’idée d’aller foutre en l’air les dogmatistes et les bonnes vieilles règles.

6

Ne pas se prendre pour une vedette

Combien de fois on a pu voir ici ou là des écrivains pas encore connus se prendre pour des dieux de la prose ? Des nouveaux tyran du verbe. Il est aussi là le problème de l’écrivain moderne et qui ne réussi pas : il se prend définitivement trop au sérieux. Pour réussir une entreprise profonde d’amélioration de soi et de son style littéraire – car c’est de cela qu’il est question –, l’auteur lui-même doit s’avouer qu’il n’est pas bon. Pas encore arrivé là où il devait. Et à défaut de citer un des doctorant de la prose jykienne (prononcez à votre bon vouloir) nous citerons un des dieux du verbe français.

Aucun de nous n’est assez grand pour une pareille vocation. Mais, dans toutes les circonstances de sa vie, obscur ou provisoirement célèbre, jeté dans les fers de la tyrannie ou libre pour un temps de s’exprimer, l’écrivain peut retrouver le sentiment d’une communauté vivante qui le justifiera, à la seule condition qu’il accepte, autant qu’il peut, les deux charges qui font la grandeur de son métier : le service de la vérité et celui de la liberté.
Albert Camus

Assez grand pour une pareille vocation… Voilà la clé, nul ne sera assez jamais bon, nul ne sera jamais assez arrivé pour se prétendre au-dessus de tout. Le vrai mal de beaucoup d’apprentis écrivain : croire plus en eux qu’en ce qu’ils écrivent. Un ego surdimensionné s’il est parfois le meilleur ami de l’écrivain moderne, et de l’écrivain tout cœur d’ailleurs, est souvent son pire ennemi, sa pire passion aussi. Ne plus se prendre pour quelqu’un d’autre, être capable d’apposer un jugement concis sur son écriture, son style, sa littérature est essentiel non pas pour devenir un être meilleur, mais pour comprendre qu’on ne peut écrire qu’avec de l’ego seulement quand il est abouti et maîtrisé.

7

Accepter le travail littéraire

Inutile de le dire, écrire est un sport à part entière. Et beaucoup d’apprentis écrivains ont ce défaut : ils attendent que l’inspiration les touches avant d’écrire quelque chose. Ou alors, chose encore plus vue, ils attendent la nuit tombée pour chercher en elle un truc de mystique, de puissant, et voici la grande erreur de beaucoup. Pour devenir un bon écrivain il faut daigner se sacrifier. Non pas se tuer ou s’envoyer une balle, mais bien accepter le challenge littéraire : celui de rester focus, de coûte que coûte attaquer le roman.

Attaquer le roman, violenter la nouvelle, se jeter pieds joints à l’intérieur. Ne pas se soucier de ce que les gens vont penser mais tracer, tracer sa route dans les lignes, dans la prose pas facile. Il est là le point clef : ne jamais se retourner.

Qui commence un roman se doit d’y travailler régulièrement à un rythme élevé non pas pour produire un chef d’oeuvre mais bien comme les biathlètes, s’exercer à toucher la cible. Et s’exercer encore. Car s’il est une chose essentielle à comprendre, c’est qu’il est impossible de faire mouche dès le premier coup.

La littérature est trop ingrate. Trop complexe, pour sans entraînement être capable de sortir d’un premier jet le roman parfait qui va être édité par chaque maison d’éditions. Persévérer, écrire, mais surtout accepter d’écrire une infâme daube d’abord, pour ensuite, bien plus tard, pondre du caviar à 50K euros la dose. Accepter le travail littéraire, rédiger, rédiger, pour un jour percer. Voilà le 7 ème point pour réussir son entrée dans la galaxie des grands écrivains.

8

Lutter contre le papier

Beaucoup d’auteurs et d’apprentis écrivant pèche : ils abandonnent trop vite. Pressé par l’idée qu’ils ne doivent pas se contraindre à écrire, ils oublient la fondamentalité de la littérature : survivre. Se forcer, se faire violence se place, (est) un des clés de la façon de devenir un bon écrivain.

Un vrai écrivain doit pouvoir écrire n’importe où, n’importe quand. Trop de jeunes profanes pensent à tort qu’il y a une période, une heure, qu’ils ont ce quelque chose qui ne doit pas être tué par la bête tâche que de produire quand ils n’en ont pas envie. Mais c’est un de leur plus gros défauts. Car écrire par tous les temps à toutes les périodes s’apprend. Lutter contre cette volonté qui les pousse à stopper net dans leur lancé au prétexte qu’ils ne sont pas assez bons, puissants aujourd’hui, est l’excuse des gens faibles d’esprits.

Se massacrer sur la page, se violenter sur les mots, voilà ce qu’il faut, autrement quoi l’écrivain devient la victime de la phrase, lacéré par le verbe et plus tard, bien des années après, tué, inscrit sur le monument aux morts des regrets, celui de la plume, de l’inachevé. Devenir un bon écrivain ne signifie pas écrire seulement dans les bons moments, dans ceux où le se sent le mieux, devenir un bon écrivain c’est s’affirmer comme le dieu des mondes, pouvant à son bon vouloir, proser, versifier, n’importe quelle émotion, n’importe quel souvenir. Elle est là la véritable qualité du vrai, du pur écrivain, du virtuose des mots : ne pas se laisser trancher la tête par la procrastination, la lassitude, ou le sentiment qu’à cet instant précis, celui où les premiers mots gicles du cerveau, on est pas assez bons.

9

Ecrire des trucs que l’on aime pas

C’est inévitable dans le cosmos de l’écrivain : certaines scènes vont se présenter, et il devra y faire face. Combien de fois j’ai vu des gens, des auteurs, passer outre, utiliser un subterfuge pour ne pas écrire telle ou telle scène. Si certains sont doués pour  écrire des scènes érotiques, beaucoup pèchent quand il s’agit de retranscrire une scène porno violente, si certains sont doués pour les romances, beaucoup pèchent pour écrire, scénarisé la rupture, le cocufiage violent.

Un vrai bon écrivain doit pouvoir se targuer d’écrire tout, et comme il le souhaite. Il peut aller dans le plus trash, le plus violent, le plus intolérable. Le plus déviant même, sans jamais se trouver bloquer. Et inversement, créer de la douceur dans le malheur, créer de la beauté de l’ignominie, il doit avoir cette capacité là de maîtrisé chaque mot comme un chef d’orchestre le ferait pour une troupe de pas tout à fait musiciens. Diriger les mots à la baguette, voilà ce dont il doit être capable de faire. Et c’est peut-être la chose la plus dure.

Car écrire ce genre de chose au delà de demander de la réflexion demande de mettre du soi même, de la personnalité à l’intérieur de l’écrit. D’aller chercher, imaginer des choses qu’aucun homme ne devrait. Pourtant l’écrivain est fait pour ça, créer des mondes. Et si beaucoup sont imaginatifs dans la “connerie” la “fantasy” le “polar” etc. peu seront capables d’imaginer l’ignoble, le vil, le méchant, le crade, le fallacieux.

Aussi laisserons-nous le lecteur répondre à cette question: qui est le plus heureux, l’homme qui aura bravé la tempête de la vie et vécu, ou celui qui sera resté en sécurité sur la berge et se sera contenté d’exister ?
— Hunter S. Thompson

Prendre des risques pour les autres envers soi même. On ne peut écrire de la vraie littérature que si l’on touche à des choses interdits, des choses de la société, des hommes, de l’univers tout entier, qu’il est interdit d’aborder. Pas écrire pour choquer ou par challenge, mais pour la liberté de dévoiler, de créer, sur ce qui n’est pas fait pour. Ici réside le bon écrivain, de Fitzgerald à Gogol, de Pouchkine à Bukowski, de Nabokov à Céline, tous ont su pousser la chose, faire des choses qui, sur le papier, ne leur plaisait pas forcément.

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